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1. Réflexions de base

Avant de nous lancer dans l’apprentissage de l’orthographe, nous allons réfléchir sur le sujet et préciser les connaissances nécessaires à un bon apprentissage.

Repérer les syllabes

1.1 Difficultés de l’exercice de la dictée ou de la prise de notes, et de l’expression écrite en général.

La dictée et l’écriture de textes sont certes des activités différentes, mais qui ont cependant des similitudes.

Dans la dictée, le texte écrit est transformé en oral par la personne qui dicte. C’est donc un texte oral qui sort de la bouche de cette personne, et qui pénètre dans les oreilles de l’élève. Celui-ci va effectuer la tâche inverse, celle de transformer le code oral en code écrit. Pour avoir la meilleure note possible, il devra produire un texte qui soit le même que celui que l’enseignant aura lu.

Dans la rédaction d’un texte venant de son cerveau, le rédacteur devra produire un texte écrit. La question est alors de savoir sous quelle forme le texte que l’on veut écrire se trouve dans notre cerveau. Est-ce un code écrit, un code oral, ou même des images ? C’est ce que nous allons essayer de définir maintenant.

En tout cas, nous allons nous occuper de ces deux activités : l’orthographe dans la dictée, et l’orthographe dans l’expression écrite.

1.1.1 La langue est essentiellement orale

Si les Français ont tant de mal avec l’orthographe, c’est avant tout parce que le code oral du français est très éloigné de son code écrit.

⇒ Il y a d’abord le problème des consonnes ou des voyelles que l’on n’entend pas mais qui s’écrivent: comme le {p} de trop ou le {h} d’hostie ou le {e} de beau.

⇒Il y a ensuite les combinaisons diverses qui font qu’un phonème peut s’écrire de plusieurs façons :

  • [o] peut s’écrire {o} = pot, {au} = taux, {eau} = râteau, {aulx} = les aulx .
  • [s] s’écrit {c} : ceci, ou {ss} : dessert, ou encore –{s} : désuet, vraisemblable.

⇒ Il y a encore les consonnes redoublées qui se prononcent comme si elles étaient simples :

Arrêter, appeler, attirer, accuser...

⇒ Il y a les conjugaisons, particulièrement difficiles :

  • Chantais, chantait, chantaient ont la même prononciation
  • Aimer, aimé, aimez ont la même prononciation.
  • Manges, mange, mangent ont la même prononciation.

⇒ Il y a les accords qui produisent des formes différentes alors que la prononciation est la même:

  • Participe : aimé, aimée, aimés, aimées
  • Adjectifs : petit / petits, petite / petite, bel / belle
  • Pronoms : il / ils, elle / elles
  • Possessifs : cet / cette, leur / leurs

⇒ Les nombreux homonymes : ce / se, cet / cette, ses / ces etc.

⇒ Le découpage en syllabe ou en mots phoniques, qui amène une autre compréhension.

Prenons l’exemple du gendarme Maurel, tiré du roman de Jean Burnat Mes élèves et moi, qui avait dû faire une dictée pour changer de grade, mais à qui on avait compté une faute alors qu’il pensait avoir fait juste.

  • L’examinateur avait lu : « Les poules s’étaient enfuies dès qu’on leur avait ouvert la porte. »
  • Le gendarme, lui, avait écrit : « Les poules s’étaient enfuies des cons leur avaient ouvert la porte. »


découpage

En fait, la solution du gendarme se comprend : il faut être con (= très bête) pour ouvrir la porte d’un poulailler sans aucune précaution, car il est clair que les poules vont s’enfuir. Mais évidemment, le mot « con », qui est plutôt vulgaire, a peu de chances de se retrouver dans une dictée d’examen.

La phrase avec dès qu’on se compose de 3 mots phoniques : groupe nominal du sujet (les poules), groupe verbal (s’étaient enfuies) et de la subordonnée de temps, que nous avons séparée du verbe pour avoir le temps de respirer.

La solution avec « des cons» se compose en fait de deux phrases : Les poules s’étaient envolées, composée de 2 mots phoniques : le groupe nominal du sujet (les poules), le groupe verbal (s’étaient enfuies). La deuxième phrase se compose également de deux mots phoniques : celui du sujet (des cons) et celui du verbe (leur avaient ouvert la porte).

Le découpage n’est donc pas le même. Cependant, on sait bien que le professeur, dans les dictées, découpe les phrases en blocs assez courts, pour donner aux élèves le temps d’écrire. Il faut donc attendre la relecture pour se rendre compte de ce qu’il en est, à condition, évidemment, que le professeur ne fasse pas lire par un élève qui ne va pas forcément bien découper la phrase.

Mais même lorsque le découpage est bien fait, on peut avoir des problèmes à résoudre :

Par exemple, faut il écrire ma sœur ou bien masseur . Pour que la deuxième solution soit la bonne, il faudrait un article. Comme il n’y en a pas, la solution est impossible.

On peut aussi se demander si elle vient avec son petit ami, ou bien son petit tamis. Les deux sont grammaticalement possibles, et seul le contexte peut nous dire quelle solution est la bonne.

  • Si je veux tamiser de la farine avant de faire un gâteau, alors que je n’ai pas de tamis, je peux appeler ma sœur, et lui demander de venir avec le sien. Et comme elle en a un très grand et un petit, je lui dis de venir avec son petit tamis.
  • A part ce cas précis, on peut penser que la solution sera plutôt petit ami.

1.2 Du son à la lettre.

Nous allons considérer deux activités différentes au premier abord, mais qui présentent de grandes similitudes : la dictée et l’écriture d’un texte personnel.

1.2.1 La dictée et la prise de note

La dictée rassemble trois personnes : l’auteur du texte, la personne qui dicte et l’apprenant qui écrit sous la dictée.

La dictée nécessite d’abord la lecture du texte, c’est-à-dire le passage du code écrit au code oral. Cette lecture nécessite la compréhension du texte. En effet, pour bien découper le texte en mots phoniques, le lecteur doit bien le comprendre. On peut bien sûr attendre de l’enseignant qui va dicter le texte qu’il est en mesure de le comprendre, d’autant plus que c’est lui qui l’a choisi.

Lorsqu’il lit le texte à haute voix, il produit du code oral.

L’apprenant qui écrit sous la dictée, lui, doit transformer le code oral en code écrit. Et si tout va bien, le texte écrit par l’apprenant est identique à celui que l’enseignant lit.

La prise de note ou la transcription pose un problème semblable, la seule différence étant que l'enseignant dicte pour l'apprenant, se réglant sur lui, alors que lorsque l'on prend des notes, le locuteur ne s'occupe pas du tout de celui qui transcrit.

1.2.2 L’écriture d’un texte personnel

Lorsque l’on écrit un texte personnel, il n’y a plus qu’une seule personne en jeu. Lorsque vous devez rédiger par écrit, le code utilisé par votre cerveau est le code oral. Observez-vous lorsque vous réfléchissez en formulant des idées. Vous utilisez le code oral en français. Si vous parlez une autre langue, vous remarquerez que vous employez le code oral de cette langue. Le cerveau formule donc comme si l’on parlait. Essayez d’imaginer le même texte écrit : votre cerveau devra faire un gros effort et vous montrer des images de lettres et de mots.

Si donc, dans votre tête, vous avez le code oral, vous vous retrouvez dans le même cas que lorsque l’on écrit sous la dictée, sauf que vos oreilles se reposent, car aucun son n’y entre. Il vous reste donc de transformer votre propre code oral en code écrit. Le décodage sera plus modeste, car vous savez ce que vous voulez dire, et donc, écrire

Nous avons donc à peu près le même problème que pour la dictée.

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